09/09/2010
Les Américains désormais formateurs d'une armée autrefois ennemie
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Il y a encore dix ans, la puissance militaire de Bagdad préoccupait fortement le Pentagone mais aujourd'hui c'est la tâche de reconstruire les forces de sécurité irakiennes qui absorbe les forces américaines, à 16 mois de leur retrait complet d'Irak.

Malgré la fin de leur mission de combat, les militaires américains peuvent toujours utiliser la force, s'ils sont attaqués ou si l'Irak sollicite leur aide, mais leur tâche principale est désormais de former tous les échelons de l'armée et de la police locales, des cantines aux renseignements.

Au total, ce sont plusieurs centaines d'ateliers pour une opération sans précédent par son ampleur dans l'histoire militaire américaine, qui ferait presque oublier que Bagdad fut, de 1990 à 2003, la bête noire de Washington.

"Si nous souhaitons que l'Irak, cette nation cruciale au Proche-Orient, soit un partenaire stratégique, c'est ce que nous devons faire", a déclaré dans un entretien à l'AFP le général Michael Barbero, vice-commandant des forces américaines en Irak.

La Mission d'entraînement et de conseil en Irak (Itam) a débuté en 2004, quelques mois après que la Coalition eut démantelé l'armée irakienne, soupçonnée d'abriter des partisans de Saddam Hussein.

Cette vaste opération a aujourd'hui un double objectif: permettre à l'Irak d'assurer sa sécurité intérieure et de contrer les menaces extérieures.

Or, dans un contexte toujours violent, la réduction du contingent américain -moins de 50.000 hommes- a soulevé des craintes quant à la capacité irakienne sur le front intérieur.

Pour le général Barbero, l'accent n'est plus à mettre sur le nombre -l'Irak compte 440.000 policiers et 220.000 militaires- mais sur la professionnalisation et la spécialisation de ces forces, dit-il, citant notamment la police scientifique, les brigades cynophiles ou le déminage.

"Les engins piégés demeurent la menace numéro un en Irak", rappelait récemment un lieutenant américain à des démineurs de la police de la province de Diyala (centre), qui découvraient toute une gamme d'équipements ultra-sophistiqués arrivés des Etats-Unis.

Pour contrer une menace intérieure qui n'est plus "insurrectionnelle" mais "purement terroriste", le général Barbero estime que l'effort doit se porter en particulier sur les renseignements.

"L'environnement ici est très complexe, et il est difficile de saisir quelle est la menace et d'où elle vient", a-t-il expliqué.

Les forces irakiennes doivent selon lui progresser dans le partage des informations "pour produire des renseignements prédictifs": anticiper plutôt que réagir aux attentats.

"En décembre 2011, je suis convaincu que les forces irakiennes seront totalement capables d'assurer la sécurité intérieure", a-t-il dit. L'armée irakienne devrait alors avoir commencé à transférer certaines provinces à la seule police.

Le général est plus réservé quant aux capacités conventionnelles de l'armée à l'horizon 2012. La marine saura défendre l'étroit littoral irakien, mais l'aviation sera incapable de contrôler le ciel irakien, faute d'une flotte d'appareils multi-rôles. L'artillerie, elle, n'arrivera pas avant 2012.

Sur l'immense base irakienne de Besmaya, à 30 km au sud de Bagdad, la formation des équipages sur le char américain Abrams est déjà largement engagée.

Fin 2011, l'Irak en possédera 140, soit quatre régiments, qui s'ajouteront aux cinq régiments de vieux T72 et T55 de l'époque soviétique.

Le chef de l'état-major irakien, le général Babaker Zebari, avait estimé en août que son armée ne serait prête qu'en 2020.

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