27/08/2010
Le Kenya promulgue sa Constitution en présence du président soudanais
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La nouvelle Constitution kényane, marquant un tournant dans l'histoire du pays, a été promulguée en fanfare vendredi à Nairobi, mais la présence du président soudanais poursuivi par la justice internationale pour génocide au Darfour a terni l'imposante cérémonie. Omar el-Béchir, dont le nom ne figurait pas sur la liste officielle des chefs d'Etat attendus, est apparu souriant et détendu, serrant les mains des autres dirigeants africains présents. Il avait été invité bien que la Cour pénale internationale (CPI) réclame son arrestation pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre dans la province de l'Ouest du Soudan déchirée par un conflit civil. Critiqué, le Kenya a justifié l'invitation "en tant que voisin" du président soudanais. Omar el-Béchir a regagné Khartoum dans la soirée, selon son service de presse. Au cours de la cérémonie avec défilé militaire devant des dizaines de milliers de personnes dans un parc du centre de la capitale, le président kényan Mwai Kibaki a formellement promulgué la nouvelle Constitution. Approuvée par référendum le 4 août dernier, elle est censée renforcer la démocratie dans les institutions et engager une réforme foncière cruciale, tournant symboliquement la page des violences postélectorales de 2007-2008 qui ont fait près de 1.500 morts. "C'est le jour le plus important de l'histoire de notre nation depuis l'indépendance", a-t-il déclaré. "Moi, Mwai Kibaki, je déclare que la Constitution (...) entrera en vigueur le 27 août 2010", a-t-il ajouté, avant de prêter serment, de même que le Premier ministre Raila Odinga, son rival politique. La nouvelle charte supprime le poste de Premier ministre et maintient un système présidentiel avec des contre-pouvoirs. Toutefois, MM. Kibaki et Odinga resteront en fonction jusqu'aux élections de 2012. Le président kényan a salué, outre Omar el-Béchir, ses homologues rwandais Paul Kagame, ougandais Yoweri Museveni, comorien Ahmed Abdallah Sambi, ainsi que le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping. Face aux demandes d'arrestation, Nairobi a justifié l'invitation à M. Béchir mais des divergences sont apparues au sein même du gouvernement. "Le président Béchir est ici parce que nous avons invité tous nos voisins et que c'est un voisin", a déclaré le ministre des Affaires Moses Wetangula. "Nous n'avons à nous excuser (...) parce que je suis sûr que nous améliorons la paix, la sécurité et la stabilité dans la région", a ajouté M. Wetangula. Mais pour le vice-ministre de la Défense David Musila, "le Kenya s'est couvert de honte en invitant le président Béchir (...) il devrait être arrêté immédiatement et remis à la CPI". Ayant ratifié le traité fondateur de la CPI, le Kenya était normalement dans l'obligation d'arrêter le président soudanais. A La Haye, les juges de la CPI ont dit avoir informé le Conseil de sécurité de l'ONU de la présence au Kenya du président soudanais pour que "toute mesure jugée opportune" soit prise. De son côté, la chef de la diplomatie de l'Union européenne Catherine Ashton a demandé au Kenya de "respecter ses obligations de droit international" et d'arrêter le président soudanais. Un des deux principaux groupes rebelles du Darfour, Abdelwahid Nour, chef de l'Armée/Mouvement de libération du Soudan a aussi demandé son arrestation. L'ONG Human Rights Watch (HRW) avait estimé avant la cérémonie que "le Kenya allait définitivement ternir les célébrations" en accueillant "un fugitif international". Après l'émission en 2009 d'un premier mandat d'arrêt contre M. Béchir pour crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis sept ans (300.000 morts selon l'ONU, 10.000 d'après Khartoum), la CPI a ordonné en juillet dernier qu'un second mandat d'arrêt, pour génocide, soit délivré à l'encontre du président soudanais. Celui-ci s'était depuis déjà rendu au Tchad fin juillet sans être arrêté bien que N'Djamena ait ratifié le traité de la CPI. L'Union africaine juge contre-productifs pour la paix au Darfour les mandats d'arrêt et a demandé à ses membres de ne pas arrêter M. Béchir .

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