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"J'ai besoin que vous reculiez". Le sergent Mike Overton a aperçu les restes d'une mine anti-personnel russe. Le danger est omniprésent: 80% de la province de Quang Tri serait encore jonchée de munitions datant de la guerre du Vietnam mais qui n'ont jamais explosé.
Le militaire américain, 28 ans, est un vétéran des guerres d'Irak et d'Afghanistan. Très vite, il découvre que le métal sur lequel il vient de tomber n'est plus dangereux. Mais la colline où il se trouve, "Hill 881 South", est encore parsemée de débris d'engins explosifs.
A Quang Tri, cela n'a rien de surprenant, explique Chuck Searcy, du Fonds à la mémoire des vétérans du Vietnam.
Cette province du centre du pays abritait la ligne de démarcation entre le Nord communiste et le Sud soutenu par les Américains pendant la guerre.
Grenades, missiles, bombes à sous-munitions n'explosant souvent pas sur le coup: elle a été copieusement pilonnée pendant le conflit.
Le Fonds finance un projet pour protéger les habitants de la région de ces armes toujours meurtrières. A Quang Tri, depuis la fin de la guerre en 1975, elles ont tué 2.774 personnes, en ont blessé 3.986 autres, d'après une étude publiée l'an dernier.
Les accidents ont fortement reculé ces dernières années mais continuent de se produire.
Quang Tri est sans doute la province la plus contaminée. Mais le tiers du territoire de six provinces du centre du pays, une zone de plus en plus touristique, serait au total encore infesté, selon l'étude co-publiée par le ministère de la Défense du Vietnam.
Le développement de la région en pâtit inévitablement.
La population locale "a peur de cultiver ici", souligne Le Huu Hanh, 64 ans, qui servait dans les forces du Nord-Vietnam dans la région pendant la guerre.
Surmontant la peur qu'il a encore de ces mines, il est revenu en mai sur la colline avec l'équipe du sergent Overton pour tenter de localiser les restes d'un Marine américain, porté disparu pendant le conflit.
En haut de "Hill 881 South", le militaire américain découvre encore une grenade et des munitions de mortier. D'autres restes de la guerre tapissent le sol, clairement visibles entre les pins et les cratères creusés par de vieilles explosions.
"Quarante millimètres", observe le sergent en pointant du doigt un vieux projectile.
Personne n'habite à "Hill 881 South". Mais, ailleurs dans la région, la population est invitée à signaler tout objet présentant un risque d'explosion.
En avril, le gouvernement a approuvé un plan pour décontaminer, d'ici à 2025, 1,3 million d'hectares, 20% des terres vietnamiennes contaminées. L'opération pourrait coûter plus de 1,83 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d'euros), estiment les autorités vietnamiennes.
Selon M. Searcy, il serait bien plus facile pour le pays communiste de mobiliser des fonds internationaux s'il décidait de signer la Convention internationale d'Oslo interdisant les armes à sous-munitions.
La Convention, qui entre en vigueur le 1er août, donne des droits à financements internationaux aux pays signataires. Mais elle leur impose aussi un délai de dix ans pour nettoyer leur territoire.
Et, à l'inverse du Laos voisin, lui aussi lourdement bombardé par les Américains quand le conflit s'est étendu à son territoire, le Vietnam ne s'est toujours pas résigné à parapher le texte.
Hanoï continue d'étudier les "questions liées à la participation" à la Convention, dont elle affirme soutenir l'objectif humanitaire.
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