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Isabelle Rosenzweig, amoureuse des cargos devenue marin
08/03/2010 18:39:26
"En salle des machines, je ne peux parfois pas desserrer certaines pièces, mais au moins je peux entrer dans le moteur!". Petit bout de femme au caractère trempé, Isabelle Rosenzweig est devenue à 35 ans lieutenant de la marine marchande, tentant désormais de concilier vie de famille et grand large.
Pendant près de dix ans, cette Rémoise titulaire d'un diplôme commercial eut une jolie carrière dans le champagne, vendant des bulles entre New York et Paris. "J'aimais ça. Mais à un moment j'ai senti que ce que je faisais n'était pas utile".
Isabelle a "toujours aimé la mer, les voyages". "Petite, je dessinais des navires". Et leurs moteurs.
Le déclic vient en 2001 d'une rencontre avec des officiers du trois-mâts Belem. Ce sera l'Ecole nationale de la marine marchande (ENMM). Entourée de tout jeunes condisciples, elle apprend pendant trois ans à Marseille navigation et mécanique: cours de soudure, machine, électro, construction navale, beaucoup de maths aussi.
L'école, sous tutelle du ministère de la Mer --une deuxième existe au Havre--, accueille environ 10% de femmes, parfois moins selon les années, pour un métier qui s'est ouvert à elles dans les années 70.
Isabelle découvre l'Afrique à bord d'un cargo qu'elle explore en bleu de travail. Puis convoie des pièces de la fusée Ariane à Kourou.
"Les machines, c'est difficile", dit cette jolie brunette, d'abord "attirée par le côté mains dans l'huile", aujourd'hui plus par la navigation.
Puis c'est la Corse, sur les ferries de la Méridionale de Navigation: "Des manoeuvres tout le temps, des bateaux à surveiller partout". Elle est responsable de quart, gère la maintenance électronique, les dispositifs de sécurité, les constantes corrections de cartes.
A bord la présence d'une femme bouscule encore.
"En général on est bien acceptées", dit-elle. "Mais ça déséquilibre. Certains marins trouvent ça sympa, d'autres que ce n'est pas la place d'une femme".
"Il faut montrer que vous pouvez faire comme eux. Avec mes 47 kilos, je ne peux parfois pas desserrer des pièces. Alors j'appelle! Mais être petite, ça aide aussi pour entrer dans les moteurs!".
En 2009 pourtant la donne change pour elle et son conjoint marin avec l'arrivée d'un petit garçon.
"Ma vie familiale est très importante. En même temps, je n'ai pas envie d'être au foyer", résume-t-elle.
La carrière importe peu: ses deux barrettes de lieutenant suffisent (il en faut quatre pour être commandant). A "lieutenant" elle préfère d'ailleurs le mot "marin".
Alors Isabelle espère allier travail à terre et embarquements à court terme avec son nouvel employeur, une société marseillaise spécialisée dans les services maritimes aux plateformes pétrolières.
"Des mères qui partent au long cours, je n'en connais pas", dit-elle, relevant que beaucoup travaillent en cabotage, sur les ferries. "Je ne suis pas sûre que ça se féminisera, mais en tout cas on est plus acceptées, oui", ajoute la jeune femme, qui a raconté son histoire dans un livre, "Embarquées".
Signe des temps? L'enseignement de la marine marchande vient de recruter trois enseignantes, pour un corps d'une soixantaine de professeurs qui ne comptait jusqu'ici qu'une femme, selon le directeur des études de l'ENMM, Michel Guillemet.
Autre phénomène: selon l'Observatoire des métiers des transports maritimes, les hommes de la marine marchande sont de plus en plus nombreux à choisir des carrières courtes. Première raison citée par les intéressés: des motivations familiales.
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